L'origine véritable de l'œuvre GAZA pourrait être cette tension entre le rejet de la propagande,
tan courante de nos jours, et l'impossibilité de l'indifférence. Plus qu'un manifeste
politique, c'est un document évident de la déraison humaine. La composition fonctionne comme un frise contemporaine, un champ saturé de formes qui se frôlent, s'obstaculent et se protègent. Il y a des indices de corps, de visages et de restes d'objets quotidiens. D'un point de vue technique, on note la construction par plans superposés, la sensation de collage pictural qui maintient le tout dans un subtil équilibre. La palette, contenue et opaque, refuse le spectaculaire, les tons s'estompent comme s'ils portaient de la poussière, de la fumée ou du temps.
Dans l'œuvre apparaissent une femme criant déchirée, une vieille femme tenant un enfant dans ses
bras, deux guerriers morts démembrés, un ours en peluche caché et effrayé. Le
personnage principal au centre de l'œuvre, qui crie vers le ciel, est littéralement déboîté.
L'œuvre a aussi un certain humour macabre, le personnage situé au centre de l'œuvre, la femme-
boule, ainsi nommée car les Palestiniens ressemblent à des quilles attendant d'être renversées.
“Le dessin préliminaire de la femme-quille avait une expression intéressante qui m'a plu, mais
ensuite en le peignant j'ai clairement vu qu'elle souriait et c'est quelque chose que, évidemment, je ne voulais pas.
Alors avec quelques coups de pinceau violents, j'ai effacé le sourire qu'elle avait ; littéralement, le
sourire s'est effacé de son visage.” L'un des guerriers morts apparaît démembré aux côtés d'une fleur, une référence claire à l'œuvre Guernica de Picasso. Un homme au regard totalement perdu, effrayé, tient le torse d'un enfant. Une femme criant, aux mains très expressives,
déboîtée. Un chien aboyant vers là où tout se termine, imaginant que d'autres horreurs
se produiront hors du tableau, terrifié, inspiré du personnage du panneau de droite du
triptyque de Francis Bacon Trois études pour figures à la base d'une Crucifixion (1944). Le chien,
totalement effrayé, apparaît avec la queue entre les pattes.
La scène se déroule dans un "extérieur d'intérieur", un concept très similaire à celui de l'œuvre
Guernica, où l'on ne sait pas si les figures sont sous un toit ou en plein air. Dans ce cas, elles sont
clairement à l'intérieur, mais apparaissent également des bâtiments et des constructions. Chaque regard est
différent, les pupilles s'embrasent, s'élargissent ou tombent des personnages, ils ne peuvent
souffrir une telle scène. Apparaissent également des coups de pinceau qui rappellent les cascades de Pat
Steir ou certains coups de pinceau des Combines de Robert Rauschenberg, dans ce cas
symbolisant la destruction des bombes. Contrairement à ce qui se fait habituellement avec les œuvres d'art, Gaza se lit de droite à gauche, car elle a été peinte de cette manière, voulant en outre ressembler à l'écriture, à la perception et à la sensibilité
arabe.
Carlos Blanco est un artiste plasticien qui se distingue par sa minutie et par la résolution d'un problème formel très complexe, qui consiste à savoir comment montrer une réalité convulsive, déformée et avec des agglomérations successives d'une manière complètement harmonieuse et esthétiquement attrayante. Rien de ce qu'il présente n'est le fruit du hasard, sa palette chromatique harmonieuse, ses compositions équilibrées, ses textures riches et l'expérimentation continue sur le volume et le trait montrent un travail préparatoire exhaustif. Sa rigueur technique et formelle prévaut sur la profondeur conceptuelle, laquelle semble être soumise à une danse entre les valeurs traditionnelles des arts plastiques : couleur, composition, texture, trait, volume et profondeur.