“Ô chose admirable. Vous étiez nus devant les yeux de tous sans ressentir la honte. C'est que vous portiez en vérité en vous l'image du premier Adam, qui était nu au paradis sans ressentir la honte…..” (Cyrille). "…………mais aujourd'hui, après avoir été battu, couvert de cicatrices provoquées par toi ou par d'autres, après avoir montré ton corps et ton âme usés, être observé par le Voyeur, il est désormais impossible de retourner à l'innocence primitive, à la condition d'Adam avant la chute." Le projet retrace des architectures aujourd'hui inexistantes mais identifiables et devenues des références et mythes collectifs par la peinture. Les architectures utilisées sont celles représentées dans des chefs-d'œuvre de la peinture. Elles ont été dépouillées et reconstruites (maquettes), à partir de leur représentation bidimensionnelle, complétant et réinterprétant les espaces partiellement occultés par les objets utilisés pour former la scène picturale. Le projet rend présent un processus de transformation temporelle (associé à une transformation de sa perception et de sa représentation) qui commence par la construction réelle de l'espace, son utilisation par la disposition intentionnelle du “atournage” nécessaire à la représentation picturale, sa désoccupation ultérieure et la perte de sa valeur d'usage (et l'appropriation d'une valeur de signe et de symbole qui arrive jusqu'à nos jours), la destruction physique des bâtiments qui les contiennent, la reconstruction tridimensionnelle d'un modèle à l'échelle (maquette) et le processus photographique (bidimensionnel) de celui-ci. L'espace nu photographié est perçu comme un palimpseste, conservant les traces d'une ou plusieurs écritures superposées et partiellement effacées et invitant à une lecture à plusieurs niveaux qui dialoguent entre elles (et avec d'autres photographies) et qui invitent à une relecture de l'espace représenté, sa valeur en tant que symbole et sa capacité à représenter un ordre socio-économique, culturel et politique déterminé."- Emilio Pemjean
Emilio Pemjean (Santiago du Chili, 1971) conçoit son travail dans un cadre multidisciplinaire reliant l'architecture, la peinture, la vidéo ou la photographie. Le projet qu'il présente à Saisho construit ou reconstruit, par manipulation, des restes d'architectures aujourd'hui inexistantes en concevant des maquettes et en les photographiant. Pemjean réfléchit sur le temps, le présent, l'absent et la mémoire. Dans ce cas, la photographie abandonne sa fonction documentaire traditionnelle, capturer la "vérité", et introduit le doute sur ce que l'on voit et que l'on accepte "naïvement" comme réel.